On croit parfois que le but de la pratique du dhikr d'Allah ﷻ est d'arriver à un certain état intérieur où l'on se met à voir l'invisible, à ressentir une profonde paix intérieure, etc.
En réalité, il faut totalement oublier ce genre d'idées au sujet du dhikr, car quand bien même ces phénomènes auraient vraiment lieu, tout cela n'aurait aucune importance.
Le but principal du dhikr d'Allah ﷻ est l'amélioration du comportement
Le seul critère que l'on doit utiliser pour juger de l'efficacité et du caractère bénéfique du dhikr est celui de l'amélioration du comportement du pratiquant du dhikr. Rien d'autre n'importe, quand bien même il vivrait des phénomènes impressionnants (vision de lumières, sensations, etc.).
Entre deux personnes qui pratiquent le dhikr, si l'une ressent des choses ou voit l'invisible grâce au dhikr, tandis que l'autre ne ressent strictement rien mais est devenu moins colérique, et sent que son comportement s'améliore, c'est sans conteste la deuxième qui est la meilleure.
Le Prophète ﷺ a dit : « Allah ﷻ m'a envoyé comme enseignant et aussi pour parfaire le comportement de l'Homme. »
إِنّمَا بُعِثْتُ مُعَلّمًا، وَبُعِثْتُ لِاُتَمِّمَ مَكَارِمَ الأخْلَاقِ
Dans les assises de dhikr, il ne convient donc pas de montrer ce que l'on ressent ou ce que l'on voit, car cela ne regarde que nous, il ne faut pas se mettre à crier, à pleurer ; tout ce que l'on peut éprouver sur le moment n'a pas d'importance.
Le tasawwuf (la science de la purification du cœur) qui prescrit le dhikr se résume au comportement. Celui qui est meilleur que nous dans le comportement, est meilleur que nous dans le tasawwuf.
Quand on ressent de la peur ou de la colère, c'est qu'il faut que l'on progresse encore dans notre dhikr.
Et gloire à Dieu ﷻ, quelle est l'amélioration la plus importante à apporter à notre comportement ? C'est l'effacement de la colère !
La colère : miroir de notre avancement spirituel
Un homme est venu chez le Prophète ﷺ, et lui a demandé : « Ô Messager d'Allah, enseigne-moi quelque chose de simple car je ne vais pas me rappeler de beaucoup de choses, je veux un conseil efficace ». Le Prophète ﷺ lui a alors répondu : « Ne te mets pas en colère. » Cet homme est revenu une deuxième fois chez le Messager d'Allah ﷺ, et lui a redemandé : « Que me conseilles-tu de faire, yâ Rasoulou Allah ? », ce à quoi le Prophète ﷺ a répondu une deuxième fois : « Ne te mets pas en colère ». L'homme revient une troisième fois poser la même question, et obtient la même réponse. Il revient donc une quatrième fois, insatisfait du conseil qu'il jugeait trop simple et qu'il avait reçu trois fois déjà. Alors le Prophète ﷺ lui répond : « Ne comprends-tu pas ce que je te dis ? Ne te mets pas en colère ! La colère pourrit la foi comme le vinaigre pourrit le miel. »
Voilà le critère principal qui permet de mesurer la qualité du dhikr : nous mettons-nous encore en colère ? La colère est la chose par laquelle les shouyoukh (les maîtres éducateurs) testent leurs mourid (leurs disciples).
L’épreuve de la soupe : quand le comportement parle
Un jour, un mourid vint chez un Sheikh, et le Sheikh lui enseigna le dhikr puis le plaça en khalwa (en retraite) : sous la supervision du Sheikh, le disciple restait confiné dans une pièce de la mosquée et ne faisait rien d'autre qu'invoquer Allah par le dhikr tout au long de la journée ; il ne sortait que pour faire ses prières puis il revenait pour reprendre son dhikr.
Ce mourid resta 3 mois en retraite. Un autre mourid vint alors trouver le Sheikh pour lui dire qu'il pensait que le premier mourid, en retraite, était enfin prêt. Ce à quoi le Sheikh répondit par la négative. Le mourid s'entêta en expliquant qu'il avait constaté de nombreuses améliorations dans le comportement de son compagnon en retraite. Pour qu'il soit convaincu, le Sheikh lui ordonna de le tester : il devait aller servir au mourid en retraite son bol de soupe du soir en y incorporant préalablement une dose excessive de sel. Le disciple s'exécuta et servit une soupe trop salée à son compagnon qui, dès qu'il l'eut goûtée, se mit dans une colère noire. Le mourid repartit chez son Sheikh et reconnut qu'il avait eu raison.
Après un mois ou deux, ce fut cette fois le Sheikh qui annonça au mourid que son compagnon était désormais prêt. « Comment vais-je le savoir ? », lui demanda le disciple. Le Sheikh lui dit: « Ce soir, va lui servir sa soupe habituelle, mais dès qu'il t'ouvre la porte, gifle-le sur le champ ».
Le mourid obéit, et au moment du souper, aussitôt que le disciple en retraite ouvrit la porte, son compagnon lui asséna une magnifique gifle en plein visage. Le mourid en retraite rétorqua immédiatement : « Frappe une deuxième fois une tête qui a tellement péché devant Allah ! ﷻ Frappe-moi encore, car je le mérite, j'ai tellement pêché vis-à-vis d'Allah ﷻ ! » Alors le mourid sut que son Sheikh avait vu juste, et que la retraite dans le dhikr avait enfin porté ses fruits.
En conclusion, chers frères et sœurs, la pratique du dhikr doit avoir un but bien précis : améliorer notre comportement au quotidien, à commencer par la colère.
Qu'Allah ﷻ nous aide sur ce chemin !
