La raison pour laquelle on sert les frères et les sœurs, c’est parce qu’ils profitent de nous. Al hamdouliLlah, c'est une opportunité. S'il n'y avait pas ce besoin de profiter chez le frère, comment aurais-je l'honneur de le servir ? Sinon, l’une des qualités du croyant est qu’il n'aime être servi par personne.
L'exemple d'Abou Bakr : ne rien demander qu'à Allah
Un jour, Sidna Abou Bakr était sur son chameau et il tenait un bâton. Celui-ci est tombé de sa main, et pour le récupérer, il devait faire une grosse manœuvre pour faire asseoir son chameau. Sidna Abou Bakr l’a faite : il a fait marche arrière, marche avant, puis le chameau s'est assis et Sidna Abou Bakr est descendu du chameau, il est allé chercher son petit bâton et il est remonté. Alors une personne qui était à côté de lui lui a dit : “Tu aurais pu me le demander ! Tout ça pour chercher un petit bâton ?” Il a dit : “Ô mon frère, j'ai promis à mon bien-aimé de ne rien demander qu'à Allah.”
Al hamdouliLlah, c'est une bénédiction qu'il y ait des gens autour de nous qui veulent profiter parce que quand on rend service, il ne faut pas voir le frère ou la sœur. Il faut voir Allah. En réalité, ce n’est pas pour le frère ou la sœur qu’on rend le service. Et quand on fait les choses pour les gens, on est déçu et malheureux parce que l’être humain est toujours ingrat.
L'ingratitude humaine : Une loi divine pour purifier nos intentions
C'est une règle. Si tu veux faire du bien et que tu ne veux pas d'ingratitude, ne fais rien. L'ingratitude est une règle dans le comportement avec les frères et les sœurs. Quand quelqu'un vient dans un groupe de cheminement, d’apprentissage de la science ou de la Shari’a (loi divine), la première épreuve qu'il va subir, c'est l'épreuve des frères et des sœurs. Les frères et les soeurs sont la porte d'entrée et c'est la porte de sortie. Et quand tu sers le frère et la sœur, il est automatiquement ingrat. Mais en réalité, il y a une sagesse derrière cette loi divine.
Voici la raison pour laquelle se mettre au service des autres est ingrat : lorsqu’on veut faire du bien à quelqu'un, souvent, on dit : “Je l’ai fait pour Allah.”. Si on le dit intérieurement, on est un wali, mais généralement, si quelqu’un nous demande pourquoi on a aidé quelqu’un, on répond : “fi sabiliLlah” (pour Allah). Et on le crie sur tous les toits. Mais quand on prétend qu’on l’a fait pour Allah, sans rien attendre en retour, Allah l’entend et on doit s’attendre à ce que notre sincérité soit éprouvée.
La mise à l'épreuve : quand l'ingratitude révèle notre sincérité
Quelques jours après avoir dit ça, il se peut que l’on ait besoin d’un service, et qu’il n'y ait personne d’autre que la personne qu’on a aidé qui peut nous aider à notre tour, et il est très facile pour lui de nous rendre ce service. Alors on se rend chez lui et on lui demande : ”S'il te plaît, tu peux me rendre ce service ?” Et il dit : ”Non, je ne peux pas. Je suis occupé, j’ai mon travail, ma famille.” Quelle est la première réflexion que l’on va avoir ? “Je l'ai aidé alors que c'était beaucoup plus sérieux et beaucoup plus grave ! Et moi, je viens pour une futilité et il ne veut pas me rendre ce service.”
Finalement, ce service, je l’ai rendu pour Allah ou pour moi ? Donc l'ingratitude est une épreuve pour celui qui prétend servir pour Allah afin de tester sa sincérité. On doit dire : “Je l'ai fait pour Allah”, un point c'est tout, et on doit l'oublier.
Les signes de l'acte sincère
Parmi les signes qu'un acte est sincère avec Allah, c'est qu’après l'avoir fait, tu l'oublies. Et tu l'oublies sans effort quand tu es avec Allah. Il s'efface de ta mémoire :
وَ اَلْعَمَلُ اَلصّٰالِحُ يَرْفَعُهُ
“Il élève haut la bonne action.”
(Sourate 35, verset 10)
Le bon acte, Allah l'élève, le fait monter. Donc quand un ‘amal est sâlih, quand un acte est bon, qu'est-ce qu'Allah en fait quand tu le fais sincèrement pour lui? Qu'est-ce qu'il en fait ? Il l'élève, et quand il l'élève, tu le vois ? Non, il disparaît. Il est chez Allah. Et quand moi, je suis allé chez celui à qui j’ai rendu service et que je me suis rappelé de l’acte que j’ai fait pour lui, qu'est ce que ça veut dire ? il est toujours là et n'est pas encore monté. Ça veut dire que ce n'était pas un ‘amal sâlih, ce n'était pas un acte sincère.
L'ingratitude, une opportunité pour se rapprocher d'Allah
Donc profitons du fait que les frères et sœurs veulent profiter de nous parce qu’en réalité, c’est avec Allah que nous sommes.
Si l’on se sent incapable de faire quelque chose pour Allah, on ne la fait pas.
لَا يُكَلِّفُ ٱللَّهُ نَفۡسًا إِلَّا وُسۡعَهَا
« Allah ne fait supporter à une âme que ce qu'elle peut supporter. »
(Sourate 2, verset 286)
Mais si on veut Allah, il faut payer un peu de sa personne. C'est comme ça.
