La perfection de l'imparfait
Tout est imparfait dans la vie. Dieu ﷻ a mis de l'imperfection en toute chose. On tombe amoureux, et l'être aimé semble idéal. Il est beau, il est doux, il est généreux, mais… il y
a toujours un mais. Pour quelle raison le Parfait crée-t-il l'imperfection ?
Justement, pour nous rappeler que Lui Seul est Parfait. Pour nous ramener vers Lui, inlassablement. Et lorsque nous disons « Mais… », lorsque nous nous plaignons de ces imperfections qu'Allah ﷻ a placées dans toute notre vie, nous remettons en cause la volonté divine, nous nous y opposons, au lieu de nous souvenir de la perfection divine qui se cache derrière l'imperfection de la création.
Juger l'imperfection d'autrui sans en comprendre le sens réel
Ibrahim (paix soit sur lui) était marié à Sarah, qui après des années de mariage, ne lui donnait toujours pas d'enfant. Sarah, ne voulant pas laisser son époux Ibrahim (paix soit sur lui) sans descendance, lui a demandé de prendre une seconde épouse. C'est ainsi qu'Ibrahim (paix soit sur lui) s'est marié à Hajar, servante chez le roi d’Égypte. De Hajar, Ibrahim (paix soit sur lui) eut un fils, Ismaïl (paix soit sur lui). Comme toutes les femmes, Sarah était jalouse : elle voyait son époux s'occuper de Hajar, plus qu'il ne s'occupait d'elle, non par injustice mais parce que Hajar avait un enfant dont elle devait prendre soin.
Lorsque l'on entend ce récit, l'on est tenté de se demander : est-il normal que l'épouse d'un prophète soit jalouse ? Pour nous qui sommes dominés par notre égo, et obsédés par l'envie de tout contrôler, c'est là une aberration : est-ce là l'attitude d'une bonne croyante, que d'être jalouse ? N'est-ce pas là une imperfection majeure ?
Mais le Prophète Mohammad ﷺ lui-même avait plusieurs épouses envieuses les unes envers les autres. Pourquoi donc ? Parce qu'un prophète ne peut guider un peuple s'il n'est pas lui-même confronté aux problèmes que ceux qui viennent le consulter et lui demander conseil rencontrent au quotidien. S'il reste dans sa tour d'ivoire, dans sa pureté déconnectée de toute humanité, comment pourrait-il comprendre puis aider ceux qui le suivent et lui demandent la solution à leurs problèmes ? C'est la nature humaine, faible et imparfaite, qui a permis aux compagnons de profiter des enseignements du Prophète.
L'imperfection apparente du Prophète ﷺ
Certains comportements de Sayyidina Mohammad ﷺ laissent pantois. Pourquoi agissait-il ainsi ? L'une des critiques récurrentes dans la bouche des ennemis de l'Envoyé de Dieu ﷺ à son encontre était le fait qu'il croyait systématiquement tout ce qu'on lui disait. Ils l'avaient surnommés « l'oreille » pour se moquer de ce qu'il prenait pour de la crédulité, lui qui écoutait tous ceux qui s'adressaient à lui ﷺ sans jamais remettre en question leur parole.
Mais le Prophète ﷺ pouvait-il traiter qui que ce soit de « menteur » ? Il aurait alors, à l'instant même et pour toujours, condamné la personne par ce qualificatif, car un mot de l'Envoyé de Dieu ﷺ vaut pour un verdict inéluctable, peu importe ce que l'accusé peut bien faire ensuite. Et le
Prophète ﷺ ne voulait guère prendre un tel risque. Ainsi, la perfection humaine de notre Prophète bien-aimé ﷺ se manifestait parfois par ce que nous percevons, nous, comme des imperfections, à savoir ici une déroutante crédulité.
Plus subtilement, le Prophète ﷺ , lorsqu'il offrait des présents à ses épouses, effectuait toujours une distribution équitable. S'il donnait la valeur de cinq dirhams à l'une d'entre elles, il en faisait de même pour les autres. Il disait alors à Dieu ﷻ : « Ô Allah, voici la justice (matérielle) que je maîtrise. Ne me juge pas, ô Allah, pour ce que je ne maîtrise pas », c'est-à-dire pour l'amour tout particulier qu'il éprouvait pour son épouse Aïcha (qu'Allah soit satisfait d'elle), la fille de Sidna Abou Bakr As-Siddiq (qu'Allah soit satisfait de lui). Cette disparité de sentiments, naturelle et incontrôlable chez l'être humain, n'est pas un péché en soi. Elle ne devient mauvaise que lorsqu'elle implique des faits, un passage à l'acte qui marque ce déséquilibre.
Ainsi donc, il ne nous appartient pas de juger l'imperfection. Notre intellect, limité, ne comprend pas le sens réel de l'imperfection qui n'est en fait là que pour mieux révéler la perfection d'Allah ﷻ.
Apprenons donc à ouvrir les yeux, chers frères et sœurs, et tournons notre langue plusieurs fois dans notre bouche avant de penser à nous plaindre ; peut-être notre cœur s'orientera-t-il enfin vers ce que l'imperfection de la vie est destinée à lui faire vraiment connaître ? Qu'Allah ﷻ nous assiste tous sur ce chemin !
