Nous sommes tous convaincus de savoir ce qu'est un croyant et fiers de nous targuer d'en être un. Mais Sheikh AbdelAziz Al Amghari a beaucoup à nous apprendre sur ce qu'est réellement la foi. Et c'est bien sûr à travers le Coran qu'il va nous dévoiler une vérité aussi surprenante que difficile à entendre pour l'égo.
La notion de « foi »
Prenons le temps de décortiquer le verset suivant (verset 24 de la sourate 8, Le Butin) à la lumière des enseignements de Sheikh AbdelAziz Al Amghari :
يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ٱسْتَجِيبُوا۟ لِلَّهِ وَلِلرَّسُولِ إِذَا دَعَاكُمْ لِمَا يُحْيِيكُمْ وَٱعْلَمُوٓا۟ أَنَّ ٱللَّهَ يَحُولُ بَيْنَ ٱلْمَرْءِ وَقَلْبِهِۦ وَأَنَّهُۥٓ إِلَيْهِ تُحْشَرُونَ
« Ô vous, les croyants, faites ce que vous demande Allah ﷻ et ce que vous demande le Messager ﷺ pour qu'ils vous donnent la vie. Et sachez qu'Allah s'interpose entre l'homme et son cœur. »
« Ô vous, les croyants ! » est une formule qui revient souvent dans le Coran, mais que nous négligeons d'étudier en profondeur. En arabe, l'interjection « yâ » montre que l'on interpelle quelqu'un de loin, au contraire de « ay » ou « aw » qui s'utilisent pour appeler une personne proche physiquement. Donc lorsque Dieu ﷻ interpelle les croyants par ce mot « yâ », cela signifie que les croyants qu'Il appelle sont loin de Lui.
De plus, le mot « croyant » est ce que Sheikh AbdelAziz appelle un « terme-fleuve », qui n'est pas clairement défini. Lorsque Allah ﷻ appelle les croyants, Il s'adresse en fait aux personnes qui ont la foi. Mais la foi elle-même n'a pas de définition unique : il y a autant de foi qu'il y a de croyant : chacun sa propre foi selon son état. Chacun possède un degré de conviction vis-à-vis de l'existence d'Allah ﷻ, de Son Prophète Mohammad ﷺ, de Ses principes ﷻ et de ceux de Son Messager ﷺ, qui lui est propre. Donc cette formule coranique, « Ô vous, les croyants », portent de nombreux sens.
Quant à la foi, on peut la situer dans ce qu'on appelle « le cœur ». Le cœur ressemble à un puits qui possède plusieurs degrés de profondeur. La foi peut se trouver à la surface du puits du cœur, ou au contraire ancrée au plus profond.
Quelle est la réalité de notre foi ?
Généralement, notre foi est superficielle. Nous déclarons croire en l'existence d'Allah ﷻ – ce qui est le tout premier pilier de la foi –, mais ce qui nous retient réellement de commettre un péché, est-ce vraiment la crainte d'Allah ﷻ et la conscience qu'Il nous observe à tout instant ? Ou plutôt le regard des autres qui nous fait nous sentir honteux et nous empêche de fauter… en public ! Combien de péchés évitons-nous soigneusement de commettre devant autrui, tout en nous y adonnant sans vergogne dans l'intimité de notre chambre, quand plus personne ne nous regarde ? Mais à ce moment-là, où est Allah ﷻ ? Nous L'avons oublié ﷻ.
En revanche, si nous ne croyons pas constamment en Lui ﷻ, nous croyons certes en l'autre qui peut être la source de notre humiliation et que nous n'oublions jamais. Même si nous déclarons que nous évitons tel mauvais comportement car Allah ﷻ l'a interdit, car c'est « haram », mais que nous nous en empêchons en réalité à cause du regard des autres qui nous inspire crainte et honte, ne sommes-nous pas finalement dans le « shirk », l'associationnisme du premier degré ? Cette soi-disant « foi » que nous revendiquons n'est donc que sur la langue, elle n'a pas encore atteint le cœur.
Ainsi, lorsque Dieu ﷻ appelle « Ô vous, les croyants » de loin, c'est bien parce qu'ils sont éloignés, ce ne sont pas de vrais croyants, ce sont des croyants « débutants », comme les nomme Sheikh AbdelAziz. Il faut d'ailleurs savoir que chaque fois que Dieu ﷻ appelle les « croyants » dans le Coran, ce ne sont jamais les mêmes croyants d'un verset à l'autre auxquels Il s'adresse. Allah ﷻ ne répète jamais le même terme dans le Coran sans qu'il ne prenne un sens différent à chaque nouvelle occurrence. Même lors des 31 répétitions du même verset dans la sourate Ar-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux, n°55) :
فَبِأَيِّ آلَاءِ رَبِّكُمَا تُكَذِّبَانِ
« Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? »
Ce même verset répété recèle 31 sens différents !
L'appel à la vie d'Allah ﷻ et de Son Messager ﷺ
Revenons au verset 24 que nous étudions. Après « Ô vous, les croyants » sous-entendu « qui n'avez qu'une foi superficielle », on lit :
ٱسْتَجِيبُوا۟ لِلَّهِ وَلِلرَّسُولِ إِذَا دَعَاكُمْ لِمَا يُحْيِيكُمْ
Sheikh AbdelAziz traduit cela par :
« Faites ce qu'Allah ﷻ et Son Messager ﷺ vous demandent quand Il veut vous donner la vie. »
En effet, lorsqu'Allah ﷻ ou Son Messager ﷺ nous appellent ou recommandent une chose, Ils veulent nous donner la vie. Cela veut donc dire que nous sommes morts ! Dans l'expression « Ô vous, les croyants », il faudrait plutôt lire « Ô vous, les morts ! »
Mais qu'est-ce qu'un mort, exactement ? Celui dont le cœur ne bat pas. Encore faut-il savoir de quel cœur on parle. L'organe physique, fait pour la vie matérielle, dédié au corps, certes. Mais aussi et surtout, à l'intérieur, le « cœur » dont nous parlions au début, fait pour la vie spirituelle, qui héberge l'esprit qu'on appelle « roûh » en arabe.
Lorsque ces deux cœurs sont séparés, et que le cœur physique fonctionne mais que le cœur spirituel est mort, chez Allah ﷻ, nous sommes considérés comme morts. Le Prophète ﷺ a donc été envoyé pour redonner vie à ce cœur spirituel. Et la vraie vie, c'est lorsque l'esprit « roûh » sort du cœur pour rejoindre Allah ﷻ.
Continuons le verset :
**وَٱعْلَمُوٓا۟ أَنَّ ٱللَّهَ يَحُولُ بَيْنَ ٱلْمَرْءِ وَقَلْبِهِۦ
**« Et sachez qu'Allah ﷻ s'interpose entre l'homme et son cœur. »
Entre les deux cœurs (physique et spirituel), il y a une barrière, et Dieu ﷻ s'interpose entre ces deux cœurs. Mais si le cœur spirituel prend vie, sa vie se propage au cœur physique qu'il englobe alors et cette barrière entre les cœurs n'existe plus. C'est la raison pour laquelle le Prophète Bien-Aimé ﷺ dit que lorsque le vrai croyant se demande si quelque chose est bon ou mauvais, il demande à son cœur, car son cœur est vivant.
L'effet de l'amour du Prophète ﷺ sur le cœur du croyant
Il y a donc un immense trésor dont nous ignorons l'existence dans nos cœurs : cet esprit « roûh ». Et le seul moyen de donner vie à ce cœur, c'est de s'attacher à Sayyidina Mohammed ﷺ, d'un attachement d'amour. Sans cet amour, le cœur spirituel ne pourra jamais prendre vie. Tout appel de Sidna an-Nabi vise à raviver ce cœur.
Un jour, le Prophète ﷺ a appelé un homme qui était en train de prier. Cet homme a d'abord terminé la prière avant d'aller voir Sayyidina Mohammed ﷺ qui lui a demandé pourquoi il n'a pas répondu à son appel immédiatement. L'homme s'est justifié en expliquant qu'il était en pleine prière et qu'il ne pouvait alors pas lui répondre. Sidna an-Nabi ﷺ lui alors répondu par le verset que nous étudions : « Ô vous, les croyants, faites ce que vous demande Allah ﷻ et ce que vous demande le Messager ﷺ pour qu'ils vous donnent la vie. » « Ce qui te donnera la vie n'est pas la prière, c'est mon appel qui te la donnera, si tu y réponds ! »
Allah ﷻ nous a donc honoré par Sayyidina Mohammad ﷺ, Il nous a donné cette chance extraordinaire qui est Sayyidina Mohammad ﷺ, et aucun homme ne peut donner vie au cœur comme le peut Sayyidina Mohammad ﷺ. Tous les prophètes sont venus pour transmettre ce message, pour donner la vie, mais celui qui a le plus grand pouvoir est Sayyidina Mohammad ﷺ. Chacun des autres prophètes donnaient la vie à une partie du cœur, une facette uniquement, mais seul Sayyidina Mohammad ﷺ donne la vie à tout le cœur dans son entièreté.
Il porte en lui tous les secrets et tous les dons de tous les prophètes qui l'ont précédé. C'est pour cette raison que prier sur le Prophète ﷺ suffit à donner la vie au cœur, simplement par les salât 'ala an-Nabi ﷺ. Répondre à son appel, prier sur lui ﷺ ou s'attacher à lui ﷺ donne la vie au cœur. La vie n'est donc possible qu'auprès de Sayyidina Mohammad ﷺ. C'est pourquoi Allah ﷻ nous recommande réciter beaucoup de prières sur le Prophète ﷺ :
**يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا صَلُّوا عَلَيْهِ وَسَلِّمُوا تَسْلِيمًا
**« Ô vous, les croyants, priez sur lui et saluez-le abondamment. »Sourate 33 (Les Coalisés), verset 56.
Conclusion
En conclusion, Allah ﷻ s'interpose entre l'homme et son cœur, et seul l'amour de Sayyidina Mohammad ﷺ peut ôter cette barrière entre nos deux cœurs et nous donner la vie.
Qu'Allah ﷻ nous attache, chers frères et sœurs, à notre Prophète Bien-Aimé ﷺ, qu'Il suscite en nous l'amour pour la meilleure de Ses Créatures ﷺ.
