Le pardon : un véritable enjeu
En tant que croyants, nous voudrions tous être capables de pardonner sans effort. Mais même au-delà de la foi, le pardon est, pour tout homme, un apaisement du cœur. La rancune est un poison, qui souvent nous obsède, au point de nous priver de sommeil la nuit. Nous ruminons l'affront, encore et encore… « Comment a-t-il osé ?! »
Nous sommes tellement attachés à notre égo que nous nous sentons victimes de torts souvent imaginaires ! Un simple regard soi-disant de travers et nous voilà pénétrés de rancœur pour des jours, alors que le principal intéressé – innocent – n'a pas la moindre idée du crime qu'il aurait commis.
Le pardon est donc au moins autant un remède vital pour le cœur qu'un acte de soumission à Dieu ﷻ. Pourtant, nous en négligeons souvent l'importance capitale.
L'histoire de l'homme du Paradis
C'est par un récit de la vie de notre Prophète Bien-Aimé ﷺ que Sheikh AbdelAziz illustre le caractère crucial du pardon dans le cheminement du croyant.
Un jour que le Prophète ﷺ donnait une leçon à la mosquée, entouré de ses compagnons, il s'interrompit et déclara : « Voilà que vient d'entrer un homme du Paradis ». L'homme en question, qui venait de passer le seuil, vint s'asseoir en silence pour écouter la leçon qui reprit.
Le lendemain, en plein discours, le Prophète ﷺ s'interrompit de nouveau pour annoncer : « Voilà que vient d'entrer un homme du Paradis », à l'arrivée du même individu. La même scène se répéta pour la troisième fois le jour suivant.
Intrigué, le compagnon Omar (que Dieu ﷻ soit satisfait de lui) décida d'enquêter afin de comprendre ce qui rendait cet homme exceptionnel au point de pousser le Prophète ﷺ à interrompre la révélation divine qu'il recevait dès qu'il apparaissait – rappelons que toute parole du Prophète ﷺ est révélation.
À la recherche du secret
Omar suivit donc l'inconnu jusque chez lui puis frappa à sa porte, prêt à percer le mystère. Prenant un air abattu, il lui expliqua que son père l'avait chassé du foyer suite à une dispute, et pria l'homme de l'héberger quelques jours en attendant que la colère retombe.
L'homme accepta de bon cœur et lui permit de partager son toit trois jours durant, période qu'Omar utilisa pour « espionner » son hôte et tenter de découvrir le secret qui faisait, de la bouche du Prophète lui-même ﷺ, un homme du Paradis.
Mais trois jours s'écoulèrent et Omar ne remarqua rien d'extraordinaire. Son hôte accomplissait ses prières, mais ne jeûnait pas, ni ne se levait la nuit pour prier, il ne se réveillait que pour la prière du fajr. Rien de spécial ne semblait le distinguer, à un détail près, toutefois : Omar nota qu'au cours de son sommeil, chaque fois qu'il bougeait, l'homme évoquait Allah ﷻ : à tout instant, même endormi, il demeurait dans la Présence divine.
Sheikh AbdelAziz nous fait remarquer que ce n'est pas l'acte d'adoration (tel que la prière) qui nous met en présence de Dieu ﷻ ; se tenir dans la Présence divine, c'est avoir le cœur toujours orienté vers Dieu ﷻ, que ce soit au travail, dans son sommeil, qu'importe. Il s'agit d'une station spécifique auprès du Seigneur ﷻ, que cet homme – très ordinaire en apparence – avait atteinte.
L'invocation nocturne qui change tout
Au terme du troisième jour d'observation, Omar finit par tout avouer à son hôte : il était en fait venu comprendre ce qui avait fait dire au Prophète ﷺ trois fois de suite qu'il était un homme du Paradis, mais n'avait rien pu déceler ; il lui demandait donc à présent sans détour la raison de cet honneur.
Et son interlocuteur de lui répondre qu'en effet, comme il l'avait vu lui-même trois jours durant, il ne faisait rien de plus qu'un croyant ordinaire… à l'exception d'un »petit » détail, qui faisait en réalité toute la différence ! (Un être d'un degré aussi élevé que le sien auprès de Dieu ﷻ en était d'ailleurs parfaitement conscient.)
Chaque soir, avant de s'endormir, l'homme adressait une prière à Dieu ﷻ : »Ô Allah, j'ai donné mes biens et ma dignité aux hommes, qu'ils me volent s'ils veulent me voler, qu'ils me fassent du mal s'ils me veulent du mal, ils sont pardonnés ». Voilà un cœur qui est avec Allah ﷻ !
Y a-t-il vraiment quelqu'un à pardonner ?
Si le pardon peut faire de nous des gens du Paradis, qu'attendons-nous ? Plus facile à dire qu'à faire… Pardonner, c'est reconnaître l'unicité de Dieu ﷻ. Mais au fond, à qui pardonner ? Qui est celui qui a insulté, qui a volé, qui a lésé ? Si l'on revient à la base de la foi, à la base de l'islam, ne dit-on pas : « Lâ ilâha illâ Allah », »Il n'y a de divinité que Dieu » ?
Alors, qui devons-nous pardonner, si Le Créateur est caché derrière chaque créature ? Le Marionnettiste jette Sa marionnette sur nous, et, tels des enfants à un spectacle de guignols, incapables de voir les fils qui retiennent le « méchant » de l'histoire, nous lui en voulons. Aussi aveugles que des enfants à un spectacle de marionnettes…
Si vraiment, nous comprenons Lâ ilâha illâ Allah, y a-t-il vraiment quelqu'un à pardonner ? Pour être pardonné, et même pour pardonner, encore faut-il exister ! Or, Dieu ﷻ seul est, et tout le reste n'est qu'illusion. C'est là l'essence de Lâ ilâha illâ Allah !
La réalisation de Lâ ilâha illâ Allah par le dhikr
Mais comment prendre réellement conscience de Lâ ilâha illâ Allah ? Sheikh AbdelAziz nous l'enseigne sans détour :
« Faites le dhikr (l'évocation) d'Allah ﷻ. »
Évoquer Dieu ﷻ en récitant Son nom nous aide à dévoiler cette réalité. Le dhikr efface tout autour de nous, tout disparaît, au point qu'à un moment, même nous, nous nous effaçons dans la Présence divine. Il ne reste plus qu'Allah ﷻ.
Que Dieu ﷻ nous accorde, chers frères et sœurs, cet honneur et ce bonheur immense de goûter à la Présence divine, et qu'Il purifie notre cœur pour qu'enfin, pardonner ne représente plus aucun effort, ne représente plus rien du tout, et qu'il ne reste plus qu'Allah ﷻ.
