Qui est-ce qui vient pour se mettre au service des autres ?
Chacun vient avec son petit sac de problèmes : moi j’ai ça, moi je ressens ça, moi je vis ça, moi moi moi moi moi… Avec un sac plein de moi, quand est-ce que nous allons nous débarrasser de notre Moi pour nous rapprocher d’Allah ? On tourne en rond, noyé dans la petite goutte du Moi et on ne s’en sort jamais. Alors que les gens qui viennent pour servir ne viennent pas pour leur Moi, ils viennent pour les autres.
C’est quand on se met au service des autres et qu’on sort du Moi qu’on se rapproche d’Allah. Mais quand tu te noies dans le Moi, tu n’avances pas.
L'exemple du Shaykh Rajab pour sortir de l'égo et s'élever vers Allah
Parfois, Sidna Shaykh Rajab (qu’Allah l’agrée), quand des frères étaient assis dans une salle ou à la mosquée à l’attendre, il allait discrètement à la porte, prenait les chaussures des frères, les passait sur sa barbe et son visage et disait : “Ô Allah, par la grâce de mes frères, accepte-moi.” Pourquoi ? Parce que quand tu t’humilies, quand tu te rabaisses pour Allah, Allah t’élève. Quand tu sors de ta petite prison qui est le Moi, Allah (exalté soit-Il) t’élève.
L’illusion du progrès : se détacher de l’autoévaluation
Dire : “Je veux me rapprocher d’Allah” est une illusion. Ce qu’on veut dire, en réalité, c’est : “Je veux me rapprocher d’Allah, MOI.” C’est donc une demande de l’égo. Souvent, ça ne va pas, on ne se sent pas bien et on se demande : “Est-ce que j’ai avancé ? Est-ce que je suis meilleur ?” Presque tout le monde a besoin d’une note. On a besoin d’être apprécié, jugé… Mais dans le chemin vers Allah, il faut faire ce qu’on a à faire, c’est tout. Tout le reste ne nous appartient pas. Est-ce que j’ai fait ce que j’ai à faire ? Est-ce que j’ai respecté mes engagements dans la facilité et dans la difficulté ? Je me suis engagé au dhikr, au lien fraternel avec les frères et les sœurs, à assister aux assises, à apprendre le Coran… est-ce que je l’ai fait ?
La vraie question à se poser pour progresser
Au lieu de dire : “Je sens que je ne progresse pas”, demande-toi : “Est-ce que je respecte mon engagement ?” C’est ça la question qu’il faut se poser. Ce n’est pas : “Où est-ce que je suis ? Est-ce que je suis bien ou pas bien ?”, parce que quand tu dis ça, tu cherches à t’apprécier. Fais l’effort pour faire ce que tu as à faire. Sortons de notre Moi : mes problèmes, mes soucis, ce que je ressens, si je suis bien ou pas bien, si j’avance en ce moment… Plus tu sors de ta personne, plus Allah s’occupe de tes problèmes. Et plus tu te concentres sur tes problèmes, plus Allah te les complique. Sors de toi, sois au service.
L’Histoire d’Anas ibn Mâlik : Les bénédictions du service au Prophète ﷺ
La maman du Compagnon Anas ibn Mâlik avait offert son fils au Prophète ﷺ. Il a servi le Prophète ﷺ pendant 10 ans comme un roi. Et Sayyidina Anas a dit : “Si j’avais fait une chose, jamais il ne demandait pourquoi je l’avais faite, et si je n’avais pas fait une chose, jamais il ne demandait pourquoi je ne l’avais pas faite. Tout le temps, il me disait : “C’est la volonté d’Allah.”” Jamais répréhendé… C’est un roi au service du Prophète ﷺ.
Après 10 ans, la maman de Sayyidina Anas est venue voir le Prophète ﷺ pour demander une contrepartie. Elle a dit : “Ô Messager d’Allah, si tu faisais une dou’a pour ton petit serviteur ?” Alors le Prophète ﷺ a compris sa demande et a dit : “Ô Allah ! Donne-lui une longue vie, beaucoup d’enfants et beaucoup d’argent.” Par la suite, Sayyidina Anas a vécu 120 ans en pleine santé et est mort en martyre sur le champ de bataille à cet âge avancé. Et il dit : “J’avais des arbres fruitiers, je récoltais 2 fois par an alors que les autres récoltaient 1 fois par an.” Donc il avait beaucoup d’argent. Il ajoute : “Et j’ai enterré de ma progéniture 60 personnes.” Alors le Prophète ﷺ a fait ces 3 dou’as pour Sayyidina Anas, et sa mère a dit : “Ô Messager d’Allah, je veux autre chose.” Parce que toutes ces dou’as c’est pour l’ici-bas. Il dit alors : “Ô Allah, qu’il soit mon compagnon dans le Paradis.” Il a acquis ça par quoi ? Le service.
Le service désintéressé : un chemin vers la proximité divine
Le service, ça veut dire regarder ailleurs que soi-même. Qu’est-ce que je dois faire pour les autres ? Et non pas : qu’est-ce que je dois faire pour moi ? Est-ce qu’on s’en sort comme ça ? Quand on résout un problème, combien de problèmes apparaissent ? Est-ce que ça s’arrête un jour ? Est-ce qu’il y a un jour où on s’est réveillé en se disant : “Ca y est, je n’ai plus de problèmes, tout est résolu” ? Il y en a toujours parce que tu ne t’es pas attaqué au vrai problème. Le vrai problème, c’est TOI. Sors de ta petite personne.
