Nous pensons être proche d'Allah ﷻ grâce à nos adorations, nos prières, notre jeûne… mais c'est là une grossière erreur : le corps peut se prosterner sans que le cœur ne suive.
Et si le cœur n'y est pas, et que nous ne faisons que de simples gestes rituels, en quoi pouvons-nous prétendre être proches de Dieu ﷻ ?
Bonnes résolutions… ou illusions ?
On raconte qu'un chat est parti effectué le pèlerinage à La Mecque. Une fois revenu de son voyage, un petit souriceau exprime à sa mère son désir d'aller féliciter le chat pour son pèlerinage, comme il est de coutume. Néanmoins, sa mère le met en garde : « N'y vas pas, il te dévorera ! » et le souriceau de répliquer, plein de l'enthousiasme de la foi : « Mais enfin, après avoir fait le pèlerinage, il ne pensera pas à dévorer son invité ! Laisse-moi lui rendre visite ! ».
La souris ne put dissuader son petit qui partit congratuler le pèlerin. Le soir venu, quel soulagement ressentit la pauvre mère en voyant son enfant rentrer sain et sauf de son périple !
« Dieu merci, tu es revenu ! Raconte-moi ta visite, comment cela s'est-il passé ? » Le souriceau s’empressa de lui expliquer : « Notre rencontre s'est parfaitement bien déroulée, Maman ! Le chat s'est montré très cordial. Il y a seulement que…
– Quoi donc ? s'enquit la mère.
– Eh bien, ajouta le souriceau d'un air perplexe, je ne sais ce qui lui prenait, mais le pauvre ami était régulièrement saisi de violents spasmes, on aurait dit que tout son corps se mettait à bondir, puis il se rasseyait et notre conversation reprenait… »
Le pauvre petit ne se rendait pas compte que le chat était resté chat ! Et si le pèlerinage lui avait appris à enfouir sa vraie nature derrière une apparence hospitalière et accueillante toute pieuse, il n'en était pas moins, à l'intérieur, un chat qui rêvait de dévorer une souris !
Comme le dit le Prophète Bien-Aimé ﷺ :
« Si l'on vous dit qu'une montagne s'est déplacée, croyez-le. Si l'on vous dit qu'un homme a changé de comportement, ne le croyez pas. » (Rapporté par l'imam Ahmed dans son Musnad)
Comme ne cesse de le répéter Sheikh AbdelAziz Al Amghari, le changement ne se fait que par l'amour. Cet amour n'est toutefois pas accessible à tout le monde : les maladies de la haine, de la jalousie, de l'orgueil… gangrènent les cœurs et empêchent d'avancer, elles nous retiennent.
Un peu d'humilité
La seule solution pour enfin nous libérer est de ne plus exister par nous-mêmes, de ne plus croire que l'on existe, que l'on est « quelqu'un », que l'on sait quoi que ce soit, ou que l'on peut apporter quelque chose, car c'est là en réalité un grave péché. Ce point de départ est biaisé et c'est ce qui entrave tout le reste. Ne jamais compter sur nous-mêmes, sur nos efforts, notre connaissance… Mais compter sur quelqu'un d'autre. Voilà qui est déjà plus modeste, surtout lorsqu'on l'est face à un interlocuteur.
Sheikh AbdelAziz nous donne un exemple de son propre vécu : par politesse, quand Sheikh doit donner une leçon à des frères et sœurs, il la prépare à l'avance. Mais quand la leçon commence, il ne compte plus sur sa préparation, sur ce que lui-même a conçu.C'est une réalité subtile qui, bien comprise et assimilée, nous simplifierait grandement la vie au quotidien.
Se tenir prêt… mais lâcher prise
Décortiquons cette subtilité : Dieu ﷻ nous a créés dans un monde de causalités. Par exemple, si l'on veut boire, il faut saisir un verre, le remplir, le porter à ses lèvres, etc. Il faut effectuer les »causes » pour arriver à la conséquence, le résultat espéré. Ce sont les règles que Dieu ﷻ a instaurées et que nous devons respecter ici-bas.
Pour donner une illustration concrète, Allah ﷻ nous a donné un cerveau pour réfléchir, une main pour écrire, des stylos, du papier, des livres… Tout ceci permet par exemple à Sheikh de préparer sa leçon quand il s'apprête à s'exprimer sur un sujet en public. Cependant, Sheikh ne compte pas sur cette préparation pour toucher les cœurs. Il fait ce qu'il doit faire mais il sait que le résultat ne dépend pas de cela.
Comme il le dit lui-même, lorsqu'il s'en remet totalement à Allah ﷻ , quoi qu'il dise, il sait que ses propos vont attirer les gens vers Lui ﷻ . Sheikh nous met en garde : celui qui s'en remet à ses propres efforts personnels, ce présomptueux, Dieu ﷻ l'abandonnera, lui et ses efforts !
Nous ne nous rendons souvent pas compte d'une réalité pourtant essentielle : tout le monde a besoin de Dieu ﷻ . Dans notre monde d'agitation, d'angoisse, nous avons oublié la divinité, on nous en a éloignés, pour finalement remplacer la présence divine par une boîte d'antidépresseurs. Cette détresse devrait nous appeler à Allah ﷻ . Et nous tous, chers frères et sœurs qui suivons Sheikh, devrions comprendre notre rôle dans ce monde malade : nous sommes censés être les médecins de tous ces Hommes qui souffrent. Comme le dit Sheikh, ne nous sous-estimons pas ! Nous pouvons agir, nous pouvons aider, par la grâce du Créateur ﷻ . Mais ne comptons pas sur nous-mêmes, sinon nous serons incapables de quoi que ce soit.
Un jour, notre Prophète Bien-Aimé ﷺ envoie un messager porter une lettre à un chef de tribu. Mais le messager croise un lion en route, qui lui barre le chemin. Le messager, au lieu de s'enfuir, lui adresse ces mots : « Ô lion, je suis le messager du Messager d'Allah ﷺ , laisse-moi passer ! » Le lion s'exécute alors et le laisser poursuivre sa route. Pourquoi donc ? Parce qu'à ce moment-là, le messager n'a compté ni sur sa force, ni sur son arme, il s'en est totalement remis à Sayyidina Mohamed ﷺ . Celui qui vit par RassouLlah ﷺ , même les lions s'écarteront de son chemin !
Se libérer du fardeau de l'existence
Nous ne nous rendons pas compte de ce privilège de ne plus exister par nous-mêmes. Regardez un peu, chers frères et sœurs, dans quel état nous sommes : nous voulons absolument tout gérer nous-mêmes, et lorsqu'on nous demande de lâcher prise ne serait-ce qu'une journée, nous répondons que c'est impossible. Une journée sans intervenir, et tout abandonner ? Impensable ! Le travail prendra du retard, le chaos va s'installer, le monde va s'écrouler sans nous – impossible de lâcher le contrôle même le temps d'une journée.
Sheikh s'amuse de ce phrasé moderne aussi courant que révélateur : « T'inquiète, je gère ». Tu ne gères rien du tout, mon frère ou ma sœur ! Enlevons donc ce poids nos épaules : le poids de nous-mêmes, de notre ego, qui nous fait entrer dans un monde d'illusions dans lequel nous serions les maîtres. Il est temps de prendre conscience de cette vérité.
Le Prophète ﷺ a enseigné que la phrase « Lâ hawla wa lâ quwwata illâ biLlah » (il n'y a ni force ni mouvement si ce n'est par Allah ﷻ ) est un trésor du paradis. Alors une fois pour toute : n'existons plus par nous-mêmes ! Faisons les causalités telles que Dieu nous les a imposées, mais arrêtons-nous là. Disons : « Voilà ma mission, sans plus. Le reste ne m'appartient pas, le résultat appartient à Allah ﷻ. »
Sidna an-Nabi ﷺ disait :
« Ne faites jamais de reproches à vos épouses lorsqu'elles elles cassent un ustensile, car ces derniers ont une durée de vie exactement comme vous. » (Rapporté par Ibn Hibban et par Abû Nu'aym al-Isfahani dans Hilya al-Awliya)
Si l'assiette se brise, c'est qu'elle a atteint la fin que Dieu ﷻ a programmée pour elle, de même que l'homme qui meurt a atteint son terme, fixé par décret divin. Agissons, puis remettons-nous-en à Allah ﷻ . Si nous réussissons, disons « alhamdouliLlah » (louange à Dieu), et si nous échouons à atteindre notre objectif, disons aussi « alhamdouliLlah », car tout ne dépend que de la volonté d'Allah ﷻ ; il n'y a qu'Allah ﷻ .
Le dhikr d'Allah ﷻ : le seul chemin vers la libération
Cette posture, cette prise de conscience, se travaillent. Mais par quels moyens ? Comme le répète sans cesse Sheikh, par le dhikr d'Allah ﷻ qui rapproche de Lui ﷻ , et par l'amour des hommes de Dieu.
Alors chers frères et sœurs, ajoutons ce cheminement à notre quotidien, intégrons-le pleinement à nos occupations, ayons un programme qui permette de travailler ce cheminement vers Dieu ﷻ .
Faisons le dhikr d'Allah ﷻ : répétons le nom d'Allah – « Allah, Allah, Allah… » – pour que Son nom s'impose à nous, s'impose à nos cœurs et à nos vies, qu'il résonne jusque dans notre sang et dans notre âme. Tout en nous veut oublier Allah ﷻ, mais nous, faisons cet effort de nous rappeler à nous-mêmes : Allah, Allah, Allah…
Que Dieu nous permette à tous d’emprunter le chemin qui mène à Lui ﷻ, et qu'Il nous y maintienne jusqu'à notre dernier souffle, dans l'amour des pieux, pour que nous ayons cet immense privilège de ne plus exister par nous-mêmes, et d'être enfin libres de nos égos malades.
